mardi 18 janvier 2011

HYENVILLE

Ce mardi, bénéficiant d'une belle journée ensoleillée quatre vingt treize randonneurs se sont retrouvés sur le parking de l'église de HYENVILLE.
Jacques et Jacqueline les deux responsables du jour ont pu ensuite entraîner les marcheurs dans leur sillage afin de leur faire découvrir la commune qu'ils ont choisie comme lieu d'habitation.
Sur les neuf kilomètres du circuit, Jacqueline en bonne connaisseuse des lieux a pu faire remarquer les belles demeures dans lesquelles ont vécu des personnages célèbres, qui au cours de l'histoire ont émaillé la vie Hyenvillaise a des degrés divers.
Entre autres, elle a raconté brièvement ce que fut la vie d'une certaine Caroline Tanqueray, dite Caroline la coquine.
La narration de Jacqueline a semble t-il conquis l'auditoire qui l'entourait.
Mais comment se faire entendre de 93 personnes à la fois ?
Aussi, certains randonneurs plus éloignés ont fait part de leur regret de ne pas avoir pu entendre le récit gentiment exposé par notre guide.
C'est pourquoi, en espérant qu'elle intéressera le plus grand nombre d'entre vous, nous avons décidé de vous relater ici même l'épopée de Caroline Tanquerey.

Caroline Tanqueray d'Hyenville "Une drôle de paroissienne"

Charles-Antoine Tanqueray, exécuté en mars 1794 à Paris, avait une fille Louise-Marie-Charlotte (ou Caroline) Tangueray, née vers 1781, mariée à Georges-Augustin L'Heure de Cambernon. Elle unissait à beaucoup d'esprit, une grande excentricité. D'un caractère plus vif qu'un homme, elle n'était pas née pour obéir. Elle devint dame d'honneur de la reine Hortense(reine de Hollande, mère de Napoléon III, épouse de Louis Bonaparte).
Un jour qu'elle sortait des Tuileries pour se rendre à une réunion qui ne plaisait pas à son mari, Mr L'Heure apparut à la portière pour monter dans la voiture. Sans se déconcerter de cet acte de maîtrise, elle appelle un garde et lui dit de la délivrer de cet importun: pendant que Mr L'Heure était conduit au poste, fouette cocher, et en avant.
la vie commune ne pouvait durer dans de telles conditions, et une séparation intervint.
Mme L'Heure revint à Hyenville chez sa mère, dont elle était l'idole, qoique ou parce que leurs natures différaient essentiellement. Mme d'Hyenville était toute douceuret bonté. Depuis lors Mme L'Heure se fit appeler Comtesse d'Hyenville.
Elle avait des rapports suivis à Granville avec sa cousine germaine, la baronne Duhan.
Aristocrate d'habitudes, mais imbue des idées encyclopédiques du XVIIè siècle, elle n'était pas conséquente avec elle même.
Souvent, à la tombée du jour, elle partait pour Coutances dans un cabriolet tiré par un cheval aveugle qu'elle guidait elle-même, et flanquée de deux pistolets. Elle passait la soirée chez l'avocat Dudouyt ou dans quel qu'autre salon libéral et revenait au milieu de la nuit, sans s'épouvanter des deux lieues d'une route accidentée et solitaire, surtout à la côte d'Orval et à la montée d'Hyenville.
Le 28 novembre 1846, elle courut un grand danger, quoiqu'elle fut accompagnée d'un domestique. Le cheval effrayé sauta par dessus le parapet très près du pont d'Hyenville, et resta suspendu au dessus de la rivière. Heureusement, les petites roues de son coupé furent arrêtées par une borne. Tout le village accourut et aida la comtesse à sortir de ce mauvais pas.
Elle avait, sous son billard, un cercueil capitonné de satin blanc, et parfois, elle s'y couchait même au milieu d'une conversation avec quelque amie. Ne se levant qu'à midi, elle ne pouvait s'arranger des heures des offices d'une église de campagne; toutefois elle voulait y accomplir son devoir pascal. Dans la semaine de Pâques, le curé lui disait la messe à 11 heures, et elle s'y rendait en équipage de gala.
En 1846, lorsque le prince Louis-Napoléon fut élu président, Mme d'Hyenville se rappela la cour impériale et prit un appartement à Paris. L'âge du monde était passé, et ses relations avec les hommes en vue du parti républicain n'étaient pas de nature à plaire au futur empereur, d'autant plus qu'elle répétait volontiers en ces jours troublés où l'inquiétude était générale : "Je n'ai rien à craindre d'aucun régime. Avec les Bourbons, je suis la comtesse d'Hyenville; sous l'empire, j'ai été dame d'honneur de la reine Hortense; en république, les hommes principaux sont mes amis". Elle comprit qu'elle se ruinerait inutilement à Paris, et elle revint pour toujours à Hyenville.
Lorsque le Prince-Président fit son voyage en Basse-Normandie, et se rendit de Coutances à Granville, le 10 septembre 1850, la comtesse le salua au pont de Hyenville.
Elle aurait aimé à voir ses vieilles amies séjourner chez elle, mais sa vie, en dehors des habitudes ordinaires, les ennuyait et force lui était de se contenter le plus souvent de visites du voisinage.
La plus fidèle compagnie de Mme d'Hyenville était Mlle Aurélie Corbet. Jolie, distinguée, aimable, elle avait été fort appréciée à Granville pendant que son père y occupait une place de commissaire de la marine. Elle s'était retirée sur une petite propriété à Hyenville, et fréquentait les châteaux environnants.Elle datait de la fin du XIIIè siècle.
La solitude des dernières années de Mme d'Hyenville donnait à son château, entouré de hautes murailles, et ombragé d'arbres touffus, l'aspect fantastique de la demeure de "La belle au bois dormant".Elle y mourut le 13 septembre 1866, à l'âge de 87 ans.
Le dernier de ses fils, oublié dans son pays d'origine, vendit à un paysan le manoir maternel.Les futaies furent abattues, les murs croulants du parc furent rasés et cette demeure seigneuriale devint une exploitation agricole.

Elle est inhumée au cimetière de Hyenville (les trois colonnes surmontées d'urnes au chevet de l'église). Son fils Xavier, qui eut pour marraine Hortense de Beauharnais fut le parrain de la cloche "Caroline" fondue en 1823.

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